ACTE III, SCÈNE VII
Matamore
ACTE III, SCÈNE
VII.
Matamore.
Les voilà, sauvons-nous.
Non, je ne vois personne.
Avançons hardiment. Tout
le corps me frissonne.
Je les entends, fuyons. Le
vent faisait ce bruit.
Marchons sous la faveur
des ombres de la nuit.
Vieux rêveur, malgré toi
j'attends ici ma reine.
Ces diables de valets me
mettent bien en peine.
De deux mille ans et plus,
je ne tremblai si fort.
C'est trop me hasarder :
s'ils sortent, je suis mort ;
Car j'aime mieux mourir
que leur donner bataille,
Et profaner mon bras
contre cette canaille.
Que le courage expose à
d'étranges dangers !
Toutefois, en tout cas, je
suis des plus légers ;
S'il ne faut que courir,
leur attente est dupée :
J'ai le pied pour le moins
aussi bon que l'épée.
Tout de bon, je les vois :
c'est fait, il faut mourir ;
J'ai le corps si glacé,
que je ne puis courir.
Destin, qu'à ma valeur tu
te montres contraire ! …
C'est ma reine elle-même,
avec mon secrétaire !
Tout mon corps se déglace
: écoutons leurs discours,
Et voyons son adresse à
traiter mes amours.
Extrait de "L'Illusion Comique" de Corneille


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